À la découverte des plus hauts sommets de chaque continent
Quand on pense aux plus hauts sommets du monde, on pense souvent dans un premier temps à l'Asie, et plus particulièrement aux chaînes de l'Himalaya et du Karakoram. Et ce n'est pas pour rien. Les 188 montagnes les plus hautes du monde se trouvent toutes en Asie. Il faut attendre la 189e place du classement mondial pour découvrir le premier sommet situé sur un autre continent.
Pourtant, chaque continent possède son propre géant et ces montagnes témoignent de l'incroyable diversité des reliefs de notre planète. Certaines sont devenues de véritables légendes de l'alpinisme et d'autres sont plus méconnues. Mais elles ont toutes un point commun : elles sont le point culminant de leur continent. On les appelle les Seven Summits. C'est également le nom du défi mythique d'alpinisme qui consiste à gravir ces sept sommets.
Dans cet article, je vous emmène à la découverte de ces sept sommets, les plus hauts de leur continent. Où se trouvent-ils ? Quelle est leur altitude ? Et qu'est-ce qui les rend aussi particuliers ?
L'Asie : l'Everest, le toit du monde
Pour démarrer ce tour des plus hauts sommets du monde, direction l'Asie. Situé dans la chaîne de l'Himalaya, entre le Népal et la Chine, dans la région autonome du Tibet, le Mont Everest culmine à 8 849 mètres d'altitude. L'Everest est le plus haut sommet du monde.
Il suscite l'intérêt des alpinistes dès les années 1920. Plusieurs expéditions se succèdent sur la face nord depuis le Tibet. Mais les conditions météorologiques sont extrêmes et font déjà plusieurs victimes. Après l'ouverture du Népal aux expéditions étrangères au début des années 1950, les alpinistes peuvent enfin tenter une ascension par le versant sud, moins périlleuse. En 1953, Edmund Hillary et Tensing Norgay deviennent les premiers hommes à atteindre le sommet de l'Everest.
L'Everest est devenu mythique et son ascension attire de plus en plus de monde. On dit même qu'il commence à être touché par le surtourisme. On voit parfois des vidéos effrayantes montrant des files d'attente et embouteillages à l'arrivée au sommet ou de déchets abandonnés depuis des décennies sur les camps de base.
Lorsque l'on voit cela, on pourrait avoir l'impression que l'ascension du toit du monde est devenue accessible à tous. Mais ce n'est pas le cas. Cette expédition n'est pas anodine. À cette altitude, l'oxygène disponible dans l'air se fait rare. Il y a environ trois fois moins d'oxygène que lorsque vous vous trouvez au niveau de la mer. Les conditions météorologiques sont aussi extrêmes : les températures peuvent passer en dessous de -30°C et les vents peuvent dépasser les 150km/h. Techniquement, il est vrai que l'Everest n'est pas considéré comme la montagne la plus difficile, par la voie sud du moins. Il y a peu de passages d'escalade complexes et les sections les plus délicates sont équipées de cordes. En revanche, physiquement, l'ascension est très exigeante. Il s'agit d'une expédition longue, entre 6 et 9 semaines, avec une acclimatation progressive à l'altitude, où l'altitude, le froid et le vent rendent chaque effort beaucoup plus difficile. D'ailleurs, les ascensions se font majoritairement avec des bouteilles d'oxygène.
Si vous voulez vous mettre en quête des plus hauts sommets du monde et que l'Everest vous attire, sachez qu'il est impossible de le gravir en autonomie. Le gouvernement népalais impose de passer par une agence agréée. L'expédition comprend les permis d'ascension, les guides et sherpas, le transport du matériel, les camps de base et d'altitude, les repas et les bouteilles d'oxygène. Le prix de l'ascension varie beaucoup en fonction des prestations choisies, mais il est en moyenne autour de 60 000 €.


L'Amérique du Sud : l'Aconcagua, le plus haut sommet accessible sans escalade
Le plus haut sommet situé en dehors de l'Asie se trouve en Amérique du Sud, en Argentine, dans la province de Mendoza. Il se trouve pourtant à la 189e place du classement des plus hauts sommets du monde. L'Aconcagua, situé dans la cordillère des Andes, domine l'Amérique du Sud, du haut de ses 6 962 mètres d'altitude.
L'Aconcagua est le plus haut sommet du monde accessible sans escalade. Il est considéré comme le plus simple. En effet, par la voie normale, il n'y a pas de cordes ni de passages véritablement techniques. L'altitude et le manque d'oxygène qu'elle engendre restent une difficulté majeure. Le mal aigu des montagnes est un challenge à ne pas minimiser. Chaque année, de nombreuses personnes n'atteignent pas le sommet, non pas par manque de technique, mais parce que leur organisme ne s'acclimate pas suffisamment à l'altitude.
L'ascension de l'Aconcagua ne nécessite ni sherpas, ni bouteilles d'oxygène et dure entre 15 et 20 jours, le temps nécessaire pour rejoindre les camps et permettre à l'organisme de s'acclimater progressivement.
Si l'Aconcagua est sur votre bucket list, sachez qu'il est possible de faire cette ascension en autonomie, sans guide. Il vous faudra un permis et posséder une bonne expérience de la randonnée en haute montagne. Je vous recommanderai tout de même de faire appel à une agence locale. Elle prendra en charge la logistique, le transport du matériel et l'encadrement par des guides. Comptez entre 5 000 € et 8 000 € pour une ascension guidée, auxquels s'ajoutent le permis d'environ 1 000 € généralement non compris.

L'Amérique du Nord : le Denali, la plus exigeante des Seven Summits
Continuons ce tour d'horizon des plus hauts sommets du monde en Amérique du Nord avec le Denali qui culmine à 6 190 mètres d'altitude. Cette montagne se situe dans le Parc national et réserve de Denali, en Alaska. Son nom signifie "le Grand" dans la langue des Koyukons, peuple autochtone d'Alaska. Il a été appelé pendant longtemps le Mont McKinley, nom que l'on retrouve encore dans de nombreuses références. Bien qu'il soit bien moins haut que l'Everest, le Denali impressionne par son immense dénivelé, son isolement, son climat polaire et ses glaciers.
Le Denali est une montagne assez sauvage, où les expéditions ne sont pas toujours encadrées. Les températures peuvent descendre sous -40°C et les tempêtes peuvent se lever en quelques minutes seulement. Son ascension ne comporte pas de longues sections d'escalade technique lorsque l'on passe par la voie normale, la West Buttress, mais elle exige une excellente condition physique et une parfaite maîtrise de la progression sur glacier. Le Denali est ainsi l'un des sommets les plus exigeants des Seven Summits. Chaque année, des alpinistes doivent renoncer avant d'atteindre le sommet.
Pour l'ascension du Denali, il n'est pas obligatoire de faire appel à une agence. Il est possible d'organiser son expédition en autonomie, à condition d'obtenir un permis auprès du parc national. Mais la majorité des grimpeurs partent avec un guide pour avoir un encadrement et bénéficier d'une meilleure sécurité. Si vous souhaitez partir à l'ascension du Denali, ou Mont McKinley, sachez qu'une expédition dure généralement entre 2 et 3 semaines et qu'il faut compter entre 8 000 € et 15 000 € avec un guide.

L'Afrique : le Kilimandjaro, le géant de la savane
Parmi les plus hauts sommets du monde par continent, on connaît tous le Kilimandjaro, le toit de l'Afrique. Situé en Tanzanie, près de la frontière avec le Kenya, du haut de ses 5 891 mètres d'altitude, il domine les plaines de la savane et offre l'un des paysages les plus emblématiques du continent africain.
Le Kilimandjaro est en réalité composé de trois volcans : le Shira, le Mawenzi et le Kibo. Tandis que le Shira et le Mawenzi sont éteints, le Kibo est encore un volcan endormi. C'est son sommet, le Uhuru Peak, qui constitue le point culminant de l'Afrique. Il offre une diversité incroyable dans ses paysages. Lors de son ascension, en quelques jours de marche, on passe d'une forêt tropicale à un désert aux allures lunaires, jusqu'à atteindre des glaciers et des neiges éternelles au sommet.
Le Kilimandjaro est très touché par le changement climatique. Ses glaciers ont déjà perdu une grande partie de leur superficie. Il est fort probable qu'ils disparaissent complètement dans les prochaines décennies. Il s'agit aussi d'un sommet qui attire beaucoup les randonneurs. Les excursions y sont très encadrées afin de préserver les sentiers et les écosystèmes.
Contrairement à d'autres sommets, l'ascension du Kilimandjaro ne nécessite pas d'alpinisme, mais seulement de la randonnée. Il est ainsi souvent considéré comme l'un des sommets les plus accessibles. Mais cette réputation de montagne "facile" est trompeuse. En quelques jours seulement, les randonneurs atteignent presque 6 000 mètres d'altitude. Le mal des montagnes est un véritable risque. Il est important de choisir un itinéraire suffisamment long et progressif pour une bonne acclimatation à l'altitude.
Si comme moi, vous rêvez de gravir le toit de l'Afrique, vous devrez absolument passer par une agence agréée et un guide local. Il existe plusieurs voies, et selon celle choisie, la durée d'ascension varie légèrement. La voie Marangu, surnommée la voie "Coca-Cola", est la voie la plus ancienne et la plus empruntée. Elle est considérée comme plus facile car plus courte, mais l'ascension se fait de manière plus brutale ce qui réduit le temps d'acclimatation. Le temps d'ascension est de 5 ou 6 jours de marche jusqu'au sommet. Une autre voie réputée est la voie Machame qui permet une acclimatation en douceur. Elle est plus difficile, car plus longue avec des nuits en bivouac. Comptez environ 7 jours de marche jusqu'au sommet. Côté budget, prévoyez entre 2 000 € et 4 000 €. Notez qu'il est indispensable de prendre le temps d'acclimater votre organisme. Au moindre doute concernant le mal aigu des montagnes, votre guide ne prendra aucun risque et vous redescendra.

L'Europe : l'Elbrouz, le sommet qui divise les géographes
Parmi les plus hauts sommets par continent, celui de l'Europe porte à débat. Beaucoup considèrent que le toit de l'Europe est le Mont-Blanc, qui culmine à 4 805 mètres d'altitude, à cheval entre la France et l'Italie. Et c'est le cas si l'on estime que la frontière entre l'Europe et l'Asie passe au sud du Caucase. Mais la vision la plus répandue en géographie est que la frontière passe par la chaîne du Caucase. Et dans ce cas-là, le Mont Elbrouz, en Russie, est le plus haut sommet d'Europe, avec ses 5 643 mètres d'altitude. On utilise d'ailleurs le surnom de « toit de l'Europe » pour ces deux montagnes, ce qui entretient la confusion. Quoiqu'il en soit, pour le fameux défi des Seven Summits, on considère le Mont Elbrouz.
Techniquement, l'ascension de l'Elbrouz ne paraît pas difficile, comparée à celle de l'Everest ou du Denali. Une partie de l'ascension est facilitée par des installations, comme les téléphériques et les refuges à plus de 3 800 mètres d'altitude. L'altitude, le froid et le vent restent néanmoins un véritable challenge. La plupart des expéditions durent entre 7 et 10 jours, afin de laisser suffisamment de temps à l'acclimatation.

Depuis 2022, et la guerre entre la Russie et l'Ukraine, il est devenu compliqué (et déconseillé) pour les voyageurs européens de se rendre en Russie. Le Mont Elbrouz est donc devenu, lui aussi, beaucoup moins facile d'accès. Le Mont-Blanc est donc l'alternative naturelle si l'on veut gravir les plus hauts sommets de chaque continent. L'ascension du Mont-Blanc est plus technique que celle de l'Elbrouz. Il y a des passages sur glacier, des crevasses et des secteurs exposés aux chutes de pierres. Il est fortement recommandé de se faire accompagner par un guide de haute montagne, même si rien ne l'oblige.

L'Antarctique : le massif Vinson, le sommet le plus isolé de la planète
Si je vous présente les plus hauts sommets de chacun des continents, je me dois de vous présenter le toit de l'Antarctique. Souvent oublié de la liste des continents, l'Antarctique est pourtant bel et bien un continent, et cher à mon cœur qui plus est. Se dressant à 4 892 mètres d'altitude, le Massif Vinson est situé à plus de 1 200 kilomètres du pôle Sud, au cœur de la chaîne des monts Ellsworth.
Le véritable défi du massif Vinson n'est pas son ascension en elle-même, mais son isolement extrême. Aucune route ne mène à cette montagne, plantée au beau milieu du plus grand désert du monde. L'environnement y est aussi exceptionnel et imprévisible. Même lors de l'été austral, période la plus clémente pour y aller, les conditions météorologiques restent extrêmes. Le soleil ne se couche pas, les températures descendent sous les -30°C et le vent y est terrible. La moindre tâche du quotidien, telle que faire fondre de la neige pour avoir de l'eau, demande une organisation rigoureuse.
La voie dite "normale" pour accéder à son sommet ne comporte pas d'escalade difficile, mais il faut tout de même évoluer encordés sur un glacier, avec des crampons et un piolet. L'expédition dure généralement entre 12 et 16 jours en fonction de la météo. Les grimpeurs sont autonomes, ils transportent eux-mêmes leur matériel sur un traîneau (une pulka). En raison de l'isolement et de la lourde logistique, le massif Vinson est également le Seven Summit le plus coûteux. Comptez généralement entre 45 000 € et 60 000 € pour participer à une expédition.
Chaque saison, moins de 100 personnes tentent l'ascension du massif Vinson. À titre de comparaison, l'Everest accueille désormais environ 1 000 alpinistes par an, tandis que le Kilimandjaro accueille environ 30 000 randonneurs par an. Cette faible fréquentation contribue à la préservation de l'environnement du massif. Le continent de l'Antarctique étant en lui-même protégé, les expéditions sont soumises à des règles environnementales très strictes.
L'Océanie : le Puncak Jaya, le sommet qui fait débat
Il existe deux listes officielles qui définissent les Seven Summits, les plus hauts sommets de chaque continent. La liste de Richard Bass considère que le plus haut sommet de l'Océanie est le Kosciuszko, culminant à 2 228 mètres d'altitude, car il ne compte que le sous-continent australien. La liste de Reinhold Messner prend en compte tout le continent, géologiquement parlant. Cette liste considère que le toit de l'Océanie est le Puncak Jaya, culminant à 4 884 mètres, sur l'île de la Nouvelle-Guinée en Indonésie. C'est presque toujours celle-ci qui est prise en compte, car gravir le Kosciuszko est une simple randonnée, et ne représente pas un véritable défi d'alpinisme.
L'ascension du Puncak Jaya est une vraie course d'alpinisme. Il y a de nombreux passages d'escalade sur rocher, des descentes en rappel et des arêtes aériennes.
La principale difficulté du Puncak Jaya ne réside pas seulement dans son ascension, il est aussi très difficile d'accès. Pendant longtemps, il était nécessaire de traverser des jungles denses pendant plusieurs jours avant d'arriver au pied de la montagne. Mais maintenant, la plupart des expéditions rejoignent le camp de base en hélicoptère. Néanmoins, les conditions d'accès évoluent régulièrement en raison de la situation politique et sécuritaire de la région. L'ascension du Puncak Jaya en elle-même dure généralement entre 6 et 8 jours, et il faut compter entre 15 000 € et 25 000 € pour une expédition organisée.
Les Seven Summits : le rêve de nombreux alpinistes
Gravir les plus hauts sommets de chaque continent est considéré comme l'un des plus grands défis de l'alpinisme. Ce challenge, baptisé les Seven Summits, consiste à atteindre les sept points culminants des continents. De l'Everest en Asie au Puncak Jaya en Océanie, en passant par l'Aconcagua, le Denali, le Kilimandjaro, l'Elbrouz et le massif Vinson.
Cette idée est née dans les années 1980 lorsque Richard Bass, entrepreneur et alpiniste, s'est lancé le défi de gravir le plus haut sommet de chaque continent. Il devient le premier à y parvenir en 1985, selon sa propre définition qui retenait le Kosciuszko pour l'Océanie.
Quelques années plus tard, le célèbre alpiniste italien Reinhold Messner propose une version plus exigeante en remplaçant le Kosciuszko par le Puncak Jaya, situé en Nouvelle-Guinée, en Indonésie. Reinhold Messner est notamment connu pour avoir réalisé la première ascension de l'Everest sans apport d'oxygène avec Peter Habeler en 1978, et une seconde fois en solitaire en 1980. Sa liste est aujourd'hui la plus reconnue dans le monde de l'alpinisme.

Les Seven Summits sont très différents les uns des autres. Certains sont accessibles à de bons randonneurs, comme le Kilimandjaro, tandis que d'autres exigent de solides compétences en alpinisme, comme le Puncak Jaya. Chacun a ses spécificités. Certains sont célèbres pour leur altitude, d'autres pour leur isolement ou leur difficulté d'accès.
Réussir le défi des Seven Summits demande généralement plusieurs années, ainsi qu'un entraînement rigoureux et un budget considérable. Selon les agences et les options, le coût total dépasse souvent 100 000 €. À ce jour, moins d'un millier d'alpinistes auraient réussi à gravir les Seven Summits.
Au-delà de leurs altitudes impressionnantes, les plus hauts sommets de chaque continent racontent une histoire différente. Des glaciers de l'Antarctique aux jungles de Nouvelle-Guinée, en passant par les volcans d'Afrique, chaque montagne possède une identité propre.
Ces sommets forment les célèbres Seven Summits, un défi qui fait rêver les alpinistes du monde entier. Mais il n'est pas nécessaire d'envisager leur ascension pour être fasciné par ces montagnes. Elles témoignent de la diversité de notre planète, de la puissance des phénomènes géologiques, et de la richesse des paysages. Que vous soyez passionné de montagne ou curieux de géographie, ces géants rappellent qu'il existe encore des lieux où la nature est reine.


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