Comment voyager autrement à l’ère du surtourisme ?

Aujourd'hui je passe la main à

Files d'attente interminables, centres-villes bondés, plages saturées... Le phénomène du surtourisme s'est progressivement imposé à travers le monde. Derrière les photos parfaites publiées sur les réseaux sociaux, certaines villes et sites naturels peinent à faire face à une fréquentation touristique devenue excessive. Mais faut-il pour autant arrêter de voyager ? Je ne le pense pas. Voyager reste l'une des plus belles façons de découvrir le monde, de comprendre d'autres cultures et de sortir de son quotidien. Mais comment continuer à explorer la planète sans participer malgré nous à la saturation de certains lieux ? Cela ne signifie pas renoncer aux grands sites emblématiques, mais peut-être apprendre à ralentir, à sortir des itinéraires classiques ou à privilégier des expériences plus authentiques. Dans cet article, je vous propose de mieux comprendre le phénomène du tourisme de masse, ses conséquences, mais aussi les différentes façons de voyager autrement, sans perdre l'essence même du voyage.

Le surtourisme, c'est quoi exactement ?

On entend de plus en plus parler de surtourisme, ou overtourism en anglais, depuis quelques années. Cela désigne une concentration excessive de touristes dans un lieu précis, au point d'impacter à la fois l'environnement, le patrimoine, la qualité de vie des habitants... mais aussi l'expérience des voyageurs eux-mêmes.

On ne parle pas de surtourisme simplement pour désigner une destination populaire. Certains lieux emblématiques attirent des visiteurs depuis des décennies, sans que cela ne pose problème. Mais si la fréquentation devient importante au point qu'elle ne puisse plus être absorbée correctement par le site, cela devient problématique.

Certaines destinations sont devenues les symboles du tourisme de masse. C'est le cas de Venise par exemple dont les habitants dénoncent une transformation progressive de la ville, où les activités touristiques prennent parfois le dessus sur la vie locale. Au Machu Picchu, le nombre de visiteurs est désormais strictement encadré pour protéger le site. Enfin, d'autres espaces naturels, comme les Cinque Terre, doivent gérer une fréquentation massive à certaines périodes de l'année.

Pourquoi certaines destinations deviennent saturées ?

Certaines évolutions ont transformé notre façon de voyager au cours des dernières décennies. Voyager est devenu rapide, populaire, et surtout accessible. C'est une bonne chose à bien des égards... mais cela entraîne aussi une fréquentation toujours plus importante dans certains lieux.

On l'explique d'abord par l'arrivée des compagnies aériennes low cost. Elles apparaissent aux États-Unis à la fin des années 1960. La compagnie Southwest Airlines, fondée en 1967 et entrée en service en 1971 au Texas, est généralement considérée comme la pionnière. Pour réduire les coûts, Southwest Airlines met en place plusieurs principes qui deviendront la base du modèle low cost : l'utilisation d'un seul type d'avion, des rotations très rapides au sol, la suppression de nombreux services inclus, des vols courts et directs, et la vente directe de billets sans intermédiaires. Cette démocratisation du transport aérien a profondément changé le tourisme mondial. Des destinations relativement préservées deviennent soudain accessibles à des millions de voyageurs chaque année.

Les réseaux sociaux ont également changé notre manière de choisir nos destinations de voyage. Certains lieux deviennent viraux en quelques mois seulement, attirant des milliers de voyageurs pour prendre la photo vue sur Instagram ou TikTok. Vinicunca, la célèbre montagne aux sept couleurs, a par exemple connu une explosion du tourisme à cause des réseaux sociaux. Le problème au fond est que ces visiteurs se concentrent souvent aux mêmes endroits, aux mêmes horaires et aux mêmes saisons.

Globalement, le tourisme se focalise sur une poignée de destinations populaires. On construit nos itinéraires sur la base des mêmes guides, des réseaux sociaux ou des plateformes de voyage. Au final, quelques lieux absorbent une grande partie du flux touristique mondial, tandis que d'autres régions restent relativement préservées, bien que magnifiques.

On parle de surtourisme lorsque le nombre de visiteurs dépasse ce qu'un lieu peut accueillir sans déséquilibrer son fonctionnement. Cela peut concerner aussi bien des villes que des sites historiques ou des espaces naturels.

On peut aussi évoquer les bateaux de croisière, qui contribuent également à transformer les flux touristiques. En l'espace de quelques heures, c'est plusieurs milliers de passagers qui débarquent simultanément dans une ville. Dans des villes comme Dubrovnik, les navires de croisière sont souvent au cœur des débats sur le surtourisme. On peut aussi parler d'esthétisme du paysage, car lorsque l'un de ces paquebots accostent, on ne voit plus que lui...

Baie de Kotor

Parmi les destinations saturées, on peut évoquer Barcelone, en Espagne, où certains quartiers historiques voient désormais davantage de touristes que d'habitants. La France n'est pas épargnée. Les célèbres falaises d'Étretat sont souvent citées comme un exemple de surfréquentation. Ou encore le Mont-Saint-Michel qui accueille chaque année plusieurs millions de visiteurs alors que le village ne compte qu'une vingtaine d'habitants permanents. En été, les ruelles sont extrêmement denses dès le milieu de la journée.

Falaises d'Étretat

Les conséquences du surtourisme ?

Le tourisme est une belle opportunité pour de nombreux pays. Il crée des emplois, fait vivre des commerces et participe parfois à la préservation de sites naturels ou historiques. Mais le tourisme excessif a des conséquences sur les habitants, sur l'environnement, mais aussi sur l'expérience des voyageurs eux-mêmes.

Une fragilisation des sites naturels

Les sites naturels sont les premiers touchés par le surtourisme. On constate une érosion des sentiers, une dégradation de la végétation et une perturbation des écosystèmes. Des mesures de protection sont mises en place petit à petit dans certains sites naturels fragiles. Cet impact environnemental est aujourd'hui l'une des principales préoccupations dans de nombreuses destinations touristiques. En France, par exemple, l'accès à certaines zones du Parc National des Calanques est désormais réglementé en haute saison afin de limiter l'impact des visiteurs. Au Pérou, à Vinicunca, cela va également devenir une nécessité. Le sentier qui relie le parking au point de vue s'est fortement élargie, et le parking a d'ailleurs pris la place d'un marécage qui servait de refuge à la faune locale.

Vinicunca

Un bouleversement de la vie locale

Le surtourisme peut également impacter le quotidien des habitants. Dans certaines villes, il y a de plus en plus de logements destinés à la location touristique. Cela entraîne souvent une raréfaction des logements disponibles pour les résidents ainsi qu'une hausse des loyers.

Les commerces évoluent eux aussi. Les restaurants, les boutiques de souvenirs et les hébergements sont de plus en plus nombreux, au détriment de certains commerces de proximité. C'est ce qu'on appelle la "touristification". La vie locale peut perdre une partie de son équilibre et de son authenticité, même si elle ne disparaît pas complètement.

Une pression sur le patrimoine culturel

Les monuments historiques et les sites classés subissent également les effets d'une trop grande fréquentation. Les infrastructures s'usent plus rapidement et les coûts d'entretien se multiplient. Beaucoup de lieux encadrent ou limitent désormais les visites. C'est le cas du Colisée, à Rome. Face à une fréquentation dépassant les 12 millions de visiteurs par an, l'amphithéâtre le plus célèbre du monde fonctionne maintenant avec des créneaux horaires et des quotas destinés à mieux répartir les flux de visiteurs pour préserver le site.

Dans le Colisée de Rome

Une expérience moins agréable pour les voyageurs

Paradoxalement, le surtourisme nuit également à ceux qui en sont à l'origine : les touristes eux-mêmes. Les heures d'attente, les sentiers sur lesquels on se marche dessus, les difficultés à trouver des hébergements : lorsque la fréquentation devient excessive, on a du mal à profiter pleinement d'un lieu... L'expérience du voyage perd une partie de son charme.

Faut-il arrêter de voyager ?

Face aux conséquences du surtourisme, certains pourraient conclure que la meilleure solution serait tout simplement de moins voyager. Certains journalistes et médias vont même jusqu'à tenir des discours culpabilisants. Mais le problème n'est pas le voyage en lui-même. Voyager permet de découvrir d'autres cultures, de soutenir l'économie locale, de créer des échanges, et surtout d'ouvrir notre regard sur le monde. Un élément essentiel. L'enjeu n'est donc pas d'arrêter de voyager, mais de réfléchir à la manière dont nous voyageons, pour tendre vers un voyage plus responsable.

Voyager hors des périodes les plus fréquentées

Lorsque cela est possible, partir hors saison est l'un des moyens les plus efficaces pour lutter contre le surtourisme. Et même pour vous, en tant que voyageur, c'est souvent plus agréable ! Les sites touristiques et les rues des villes seront plus calmes et les hébergements moins saturés. Renseignez-vous tout de même en amont afin d'être sûr que les villes sont un minimum vivantes. Car il n'y a rien de pire que d'arriver et de constater que les commerces et les restaurants sont tous fermés. C'est le risque en basse saison !

Sortir des itinéraires "classiques"

Le tourisme de masse s'explique en partie par la concentration de visiteurs sur quelques lieux devenus emblématiques et incontournables. Pour un tourisme plus durable, on va essayer de prolonger son séjour dans une région à l'écart des grands circuits touristiques ou explorer des villages moins connus. Cela permet souvent de vivre des expériences plus authentiques et de mieux répartir les retombées économiques du tourisme. Pour autant, certains lieux sont célèbres pour une bonne raison, et il est naturel d'avoir envie de les découvrir un jour. Mais prenez le temps de visiter, de découvrir, plutôt que de faire l'aller-retour dans la journée par exemple.

Prendre le temps de découvrir une destination

Le concept du slow travel séduit de plus en plus de voyageurs. L'idée est simple : ralentir le rythme, passer davantage de temps dans un même lieu et privilégier la qualité des expériences plutôt que d'accumuler les visites. Mais cela n'est pas forcément simple lorsque le timing est limité, d'autant qu'en voir le plus possible donne souvent le sentiment d'en profiter davantage.

Adopter des gestes simples sur place

Voyager de manière plus responsable passe également, et je dirais même surtout, par des comportements du quotidien. Le respect des espaces naturels, des cultures locales et des habitants joue un rôle essentiel dans la préservation de nos destinations de voyage. Pour cela, il suffit d'adopter des gestes simples : rester sur les sentiers balisés, ne pas jeter ses déchets dans la nature, privilégier les commerces locaux, et tout simplement respecter les règles mises en place sur les sites naturels ou patrimoniaux. Individuellement, ces actions semblent parfois modestes. Mais collectivement, elles contribuent réellement à réduire l'impact du tourisme de masse sur les territoires déjà fragiles.

À l'heure où le surtourisme touche de plus en plus de destinations à travers le monde, chaque voyageur peut contribuer à préserver ce qui rend le voyage si précieux : la découverte, la rencontre, l'émerveillement. Voyager autrement ne signifie pas renoncer aux grands sites emblématiques ni partir uniquement vers des destinations méconnues. La plupart du temps, si un lieu est aussi célèbre, c'est parce qu'il est réellement exceptionnel. Et il est parfaitement naturel de vouloir le découvrir. L'idée n'est pas de se l'interdire.

Le véritable enjeu est sans doute ailleurs : apprendre à voyager avec davantage de conscience. Choisir le bon moment, prendre le temps de s'imprégner d'un lieu, respecter les habitants et les espaces naturels, ou simplement accepter de sortir parfois des itinéraires les plus fréquentés.

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