Passeports dans le monde : histoire et anecdotes

Aujourd'hui je passe la main à

Le passeport accompagne chacun de nos voyages. Avant un départ à l'étranger, on vérifie sa validité, on le met dans son sac et on s'assure plusieurs fois qu'on ne l'a pas oublié. Mais on ne s'attarde jamais sur ses spécificités, sa couverture ou les dessins figurant sur ses pages.

Pourquoi les passeports n'ont-ils pas tous la même couleur ? Depuis quand les utilise-t-on ? Et pourquoi certains permettent-ils de voyager plus facilement que d’autres ? Les passeports dans le monde racontent aussi l’histoire des pays et de leurs frontières. Dans cet article, partons à la découverte de ce petit livret, à travers son évolution, ses symboles et quelques anecdotes étonnantes.

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Du sauf-conduit au passeport moderne

Le passeport n'a pas toujours ressemblé au petit livret que nous connaissons aujourd'hui. Auparavant, on parlait de sauf-conduit, un document par lequel une autorité demandait que son porteur puisse circuler librement. En Angleterre, les sauf-conduits sont mentionnés dans une loi dès 1414. Ils pouvaient être accordés à des personnes de différentes nationalités. Leur fonction était donc différente de celle de nos passeports actuels.

Avant la Première Guerre mondiale, il était possible de voyager sans passeport dans de nombreux pays. Mais celle-ci marque un tournant. À la fin de la guerre, les voyageurs se trouvent confrontés à une multiplication des documents et des formalités. C'est alors que le passeport prend une place centrale dans le franchissement des frontières. En 1920, le modèle international du passeport moderne se dessine. Une conférence est organisée à Paris par la Société des Nations, ancêtre de l'ONU, avec pour objectif d'harmoniser les passeports dans le monde et de simplifier les formalités aux frontières.

Ce nouveau modèle de passeport prévoit un livret de 32 pages, avec une couverture cartonnée portant le nom du pays, ses armoiries et la mention "passeport". Il doit être rédigé au moins dans la langue nationale et en français, langue internationale de référence pour les relations diplomatiques, les traités et les institutions. Le passeport prend alors une forme proche du livret que nous connaissons aujourd'hui, même si son adoption est progressive selon les pays.

L'évolution du passeport se poursuit avec les nouvelles technologies. En 1980, l’Organisation de l’aviation civile internationale (OACI) publie les premières spécifications internationales du passeport lisible par machine. Cela permet de faciliter les contrôles aux frontières.

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Pourquoi les passeports dans le monde n’ont-ils pas tous la même couleur ?

Aucune règle internationale n'impose de couleur particulière, chaque pays est donc libre de choisir de quelle couleur seront ses passeports. On voit quand même une harmonisation selon certaines régions du monde. Au final, les couvertures des passeports dans le monde se déclinent autour de quatre principales couleurs : bordeaux, bleu, vert ou noir, avec de nombreuses nuances.

La ressemblance entre les passeports européens n'est pas un hasard. En 1981, les pays européens adoptent une résolution en faveur d’un modèle commun, afin de renforcer le sentiment d'appartenance à une même communauté. La teinte retenue est un rouge bordeaux tirant sur le violet, que nous connaissons bien encore aujourd'hui.

Les États-Unis et le Canada délivrent quant à eux un passeport bleu. Mais cette couleur concerne le document utilisé pour un voyage personnel. Au Canada, il existe aussi un passeport diplomatique bordeaux, un passeport vert pour certaines missions gouvernementales et un passeport temporaire blanc pour les situations urgentes. Une même nationalité peut donc se présenter sous plusieurs couleurs.

En Amérique du Sud, comme en Europe, il existe une démarche d'harmonisation. On y retrouve notamment la mention "Mercosur", ou "Mercosul" en portugais, sur la couverture. En ce qui concerne la couleur, la région encourage l'adoption du bleu foncé pour les couvertures. Mais cette harmonisation n'est pas vraie pour tous les pays d'Amérique du Sud. Le Pérou, par exemple, possède un passeport bordeaux portant la mention "Comunidad Andina", signifiant la Communauté andine.

En Afrique, la couleur des passeports varie selon les pays et les regroupements régionaux. Le Maroc, le Nigeria et l'Afrique du Sud possèdent un passeport vert, mais cette couleur ne traduit pas une appartenance commune aux trois pays. Des démarches d'harmonisation existent toutefois à l'échelle régionale. Au Nigeria, le passeport vert porte la mention de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest — CEDEAO en français, ECOWAS en anglais. En Afrique de l’Est, la communauté régionale a adopté un modèle commun avec trois couleurs selon le type de passeport : bleu ciel pour les passeports ordinaires, vert pour les passeports de service et rouge pour les passeports diplomatiques. Les passeports africains n'ont donc pas une couleur commune pour toute l’Afrique, mais plusieurs modèles nationaux et régionaux.

En Inde, on retrouve un passeport ordinaire bleu foncé, tandis que les passeports diplomatiques sont bordeaux et les passeports officiels blancs. La couleur sert donc bien à distinguer les catégories de documents.

La Nouvelle-Zélande a fait un choix visuel distinctif : une couverture noire ornée d'une fougère argentée. Il s'agit d'une manière de représenter la nation avant même d'ouvrir les pages du passeport.

La couleur d’un passeport peut donc exprimer une appartenance régionale, affirmer une identité nationale ou distinguer une catégorie de document. Il n’existe pas de dictionnaire universel des couleurs des passeports : pour comprendre une couverture, il faut regarder le pays, le modèle et l’époque auxquels elle correspond.

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À l’intérieur des passeports dans le monde

Parfois, les pages à l'intérieur d'un passeport mettent en valeur les paysages, la culture ou les symboles d'un pays. Ces illustrations contribuent également à la lutte contre la contrefaçon.

Depuis 2020, les pages réservées aux visas du passeport japonais reprennent des œuvres de la série des "Trente-six vues du mont Fuji" réalisée par Katsushika Hokusai. Le pays met à l'honneur, dans son propre passeport, une œuvre majeure du patrimoine artistique japonais et l'un de ses paysages emblématiques. Ce choix d'utiliser des compositions différentes selon les pages rend aussi leur falsification plus difficile.

De son côté, le nouveau passeport canadien, présenté en 2023, propose des illustrations selon les quatre saisons. Ses pages montrent par exemple des ours dans une forêt au printemps, des promenades en canoë en été ou encore des enfants qui jouent en hiver. Sous une lumière ultraviolette, les couleurs de ces illustrations changent et des éléments additionnels se révèlent. Ces effets permettent également de vérifier l’authenticité du document.

En Nouvelle-Zélande, le passeport propose, depuis 2009, des illustrations sur les thèmes de la navigation et du voyage. L'intérieur du passeport prolonge l'identité déjà affirmée sur sa couverture noire ornée d'une fougère argentée. Le document utilise l'anglais et le maori, donnant aux deux langues une place dans la représentation du pays.

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Ce que signifie avoir un passeport « puissant »

On entend parler des "passeports les plus puissants dans le monde". Cette expression désigne les passeports qui permettent d'accéder au plus grand nombre de destinations sans avoir à demander un visa avant le départ. Elle mesure la facilité de déplacement liée à la nationalité du voyageur.

Le Henley Passport Index est l'un des classements consacrés au sujet. Il compare les possibilités d'accès offertes par les passeports selon les destinations. Une destination rapporte un point lorsqu'elle est accessible sans visa, avec un visa délivré à l'arrivée ou avec une autorisation électronique de voyage, ETA. En revanche, une destination nécessitant un visa obtenu avant le départ, y compris un visa électronique, ne rapporte pas de point.

Ces comparaisons mettent en évidence une différence concrète entre les voyageurs selon leur nationalité. Pour une même destination, certains peuvent s'y rendre sans demander de visa, tandis que d'autres doivent obtenir une autorisation avant le départ. Les accords diplomatiques évoluent, et avec eux, les démarches nécessaires pour telle ou telle destination.

Dans le classement Henley Passport Index de 2026, parmi les passeports les plus puissants du monde, on retrouve Singapour en tête avec 192 destinations accessibles sans démarche en amont. Le Japon, la Corée du Sud et les Émirats arabes unis suivent en deuxième position avec 188 destinations. La France, l'Allemagne, l'Italie et plusieurs autres pays européens se classent au 4e rang avec 186 destinations. En fin de classement, on retrouve l'Irak, la Somalie, la Syrie avec entre 28 et 31 destinations accessibles, et enfin l'Afghanistan avec 23 ou 24 destinations, selon les mises à jour trimestrielles.

Quel que soit votre passeport, n'oubliez pas de vérifier les conditions d’entrée de votre destination avant de partir. Retrouvez tous mes conseils sur les pièges à éviter en voyage.

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Des passeports qui sortent de l’ordinaire

Parmi les passeports dans le monde, certains répondent à des situations bien particulières.

Voilà une exception étonnante : le roi Charles III n’a pas besoin de passeport pour voyager à l’étranger. Les passeports britanniques étant délivrés en son nom, il n'est pas nécessaire qu'il en possède un lui-même. Cette exception concerne le souverain seulement, et pas l'ensemble de sa famille, qui possèdent bien un passeport.

L’Ordre souverain de Malte présente aussi une particularité étonnante. Bien qu'il s'agisse d'unordre religieux catholique, il possède ses propres passeports. En effet, il bénéficie d’un statut international particulier, qui lui permet d’entretenir des relations diplomatiques avec plusieurs États. Environ 500 passeports diplomatiques de l'Ordre de Malte sont en circulation. Ils sont réservés à certains dirigeants et représentants de l’Ordre ainsi qu’à des personnes chargées de missions particulières.

Enfin, l'histoire du passeport Nansen rappelle que l'absence de documents peut empêcher de reconstruire sa vie ailleurs. Après la Première Guerre mondiale et les bouleversements politiques qui suivent, de nombreux réfugiés sont sans protection nationale ni papiers reconnus à l’étranger. Fridtjof Nansen, chargé de la question des réfugiés auprès de la Société des Nations, contribue à mettre en place une solution. Le passeport Nansen sert à la fois de pièce d'identité et de titre de voyage. Il est au départ destiné aux réfugiés russes, mais il est par la suite étendu à d’autres groupes, notamment aux réfugiés arméniens.

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On le glisse dans son sac en pensant surtout au voyage qui nous attend. Pourtant, le passeport mérite qu'on s'y attarde un peu. Sa couverture, les illustrations de ses pages et les démarches qu'il nous permet d'éviter racontent, à leur manière, les pays et leurs relations avec le reste du monde. Découvrir les passeports dans le monde, c’est regarder autrement un objet familier... entre histoire, identité et liberté de voyager. Lors de votre prochain départ, prenez quelques minutes pour feuilleter le vôtre : entre deux tampons se cachent peut-être des détails que vous n'aviez jamais remarqués...

Pour poursuivre ce voyage à travers les cultures, découvrez mon tour du monde des superstitions les plus surprenantes.

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