Voyager sur les traces des grandes routes commerciales

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Il y a bien longtemps, les échanges internationaux s'articulait autour de longues routes commerciales. À dos de chameau ou à bord de caravelles, les marchands et les explorateurs ont parcouru des milliers de kilomètres pour échanger des marchandises précieuses. De la soie, de l'or, des épices, mais aussi des idées, des religions et des savoirs. Ces échanges ont façonné le monde que nous connaissons aujourd'hui. Ces grandes routes commerciales de l'histoire ne sont pas seulement un héritage du passé. Elles traversent encore des paysages que l'on peut explorer, des villes que l'on peut découvrir et des cultures qui perdurent. Une inspiration idéale pour un voyage culturel.

Des routes au cœur des premières mondialisations

Pendant des siècles, les routes commerciales ont constitué un véritable lien entre les différentes régions du monde. Elles ne sont pas apparues au hasard, mais pour répondre à un besoin simple et essentiel : celui d'échanger.

Dès l'Antiquité, les civilisations produisent des ressources différentes selon leur territoire. Certaines régions regorgent de matières premières, comme les métaux. Tandis que d'autres développent des savoir-faire uniques, comme la soie en Chine. Ces différences ont alors créé un déséquilibre, et donc une opportunité. Les premiers échanges se mettent en place à courte distance, de village en village, puis de région en région. Puis, les trajets s'allongent, se structurent et relient finalement des continents entier. C'est ainsi que naissent les premières grandes routes commerciales.

Les empires jouent un rôle clé dans le développement de ce qui est le prémisse du commerce international. On sécurise certains axes, on développe les infrastructures, et tout cela favorise les échanges. Un véritable réseau organisé prend forme, et il est emprunté à la fois par des marchands et par des explorateurs. On y transporte certes des marchandises précieuses, à l'image de la soie de Chine, des épices d'Asie ou de l'or d'Afrique. Mais aussi des idées et des croyances.

Comprendre l'origine des routes commerciales, c'est comprendre qu'à l'origine, le voyage n'était pas qu'un loisir, il était une nécessité.

La route de la soie, entre Orient et Occident

La route de la soie

Parmi toutes les grandes routes commerciales de l'histoire, la route de la soie est sans doute la plus connue. Elle reliait la ville de Chang'an (aujourd'hui Xi'an) en Chine, à la ville de Constantinople (aujourd'hui Istanbul) en Turquie. La soie était la marchandise la plus précieuse qui y transitait, d'où son nom. Mais ce n'était pas la seule. On y transportait de la porcelaine, des étoffes, du musc, de l'ambre, des épices, des métaux précieux, du papier, et beaucoup d'autres choses. Ce sont aussi des idées qui circulaient sur la route de la soie : religions, innovations techniques, langues et savoirs.

La route de la soie n'était pas une route unique, mais un vaste réseau d'itinéraires terrestres reliant l'Asie au bassin méditerranéen. Depuis Chang'an, les caravanes traversaient d'abord le corridor du Gansu (ou corridor du Hexi) jusqu'à Dunhuang, porte d'entrée vers l'Ouest. La route se divisait alors en plusieurs variantes pour contourner le désert du Taklamakan. Au nord, les marchands passaient par des oasis comme Tourfan, Koutcha et Aksou. Tandis qu'au sud, ils rejoignaient des étapes comme Miran, Khotan ou Yarkand. Ces deux routes se rejoignaient ensuite à Kachgar, à l'extrême ouest de la Chine actuelle, carrefour entre la Chine, l'Asie centrale et la Perse. À partir de là, la route poursuivait sa route vers Samarcande et Boukhara, en Ouzbékistan, puis vers Merv, Turkménistan. Et enfin vers Téhéran, en Iran, avant de rejoindre Constantinople, aux portes de l'Europe.

La route de la soie s'est fortement développée sous la dynastie Han, entre 206 avant J.-C. et 220. À partir du XIe siècle, la route de la soie entame un lent déclin, en raison de plusieurs bouleversements politiques, économiques et sanitaires. L'un des premiers facteurs est l'instabilité croissante des territoires traversés. L'Empire mongol se fragmente, les tensions politiques et religieuses se multiplient, rendant les routes de moins en moins sûres pour les marchands. À cela s'ajoutent des conditions de voyage particulièrement difficiles. La route est risquée et longue, les trajets pouvaient durer plus d'un an, ce qui rend l'acheminement coûteux. À la chute de Constantinople, en 1453, les Européens cherchent de nouvelles voies pour accéder aux richesses de l'Orient. Ils se tournent alors vers la mer, les trajets y sont plus rapides et plus rentables.

Peut-on visiter la route de la soie aujourd'hui ?

La route de la soie n'existe plus en tant que réseau commercial actif, mais il est tout de même possible d'en parcourir certaines portions et d'en découvrir les vestiges.

Pour suivre ses traces, l'itinéraire le plus évident commence à Xi'an, en Chine, point de départ historique. Vous pourrez y visiter l'impressionnante armée de guerriers en terre cuite. Mettez ensuite le cap vers l'ouest, arrêtez-vous à Dunhuang, célèbre pour ses grottes bouddhiques de Mogao. Une étape fascinante, à la fois historique et visuelle. En continuant vers l'ouest, c'est souvent en Ouzbékistan que le voyage prend toute sa dimension. Les villes de Samarcande, Boukhara et Khiva comptent parmi les plus belles villes héritières de cette époque. Pour prolonger l'aventure, vous pouvez poursuivre vers le Turkménistan, l’Iran ou la Turquie, jusqu’à Istanbul, souvent considérée comme la dernière étape.

Il est possible de découvrir la route de la soie de différentes manières. Le train est un bon moyen de traverser ces paysages incroyables, à la fois confortable et pittoresque. Vous pourrez aussi opter pour la voiture pour plus de liberté.

La route des épices, quand le commerce ouvre la voie aux grandes expéditions

La route des épices

Parmi les grandes routes commerciales anciennes qui ont marqué l'histoire, on retrouve évidemment la route des épices. Dès l'Antiquité, et encore plus au Moyen-Âge, certaines épices venues d'Asie deviennent des produits très recherchés en Europe. Le gingembre, la cannelle, le clou de girofle, la muscade et surtout le poivre. Mais ces épices et aromates ne servent pas seulement à relever les plats, elles sont aussi utilisés en médecine, en parfumerie ou pour conserver les aliments.

Les épices viennent d'Inde, du Sri Lanka ou des îles d'Asie du Sud-Est. Elles traversent l'Océan Indien, par les Maldives et jusqu'à la mer d'Arabie, finissant leur route dans le golfe Persique par le golfe d'Oman via le détroit d'Ormuz, ou dans la mer Rouge par le golfe d'Aden via le détroit de Bab el-Mandeb.

À partir du XVe siècle, les Européens veulent contourner les intermédiaires commerciaux et cherchent à accéder aux richesses de l'Orient directement. En 1488, Bartolomeu Dias, un navigateur portugais franchit le cap de Bonne-Espérance, tout au sud de l'Afrique du Sud, et ouvre alors la voie à une nouvelle route maritime vers l'Asie. Dix ans plus tard, Vasco de Gama, un autre navigateur portugais, atteint Calicut, en Inde. Cette expédition marque un tournant majeur : les Portugais ont désormais un accès direct au commerce des épices, sans passer par les routes traditionnelles contrôlées par les marchants du Moyen-Orient.

Plus tard, d'autres pays entrent dans la course, les Hollandais, les Anglais et les Français. C'est alors que naissent les Compagnies des Indes, de puissantes sociétés commerciales créées pour organiser le commerce avec l'Asie. Rapidement, leur rôle n'est plus seulement commercial. Les Compagnies des Indes participent à la colonisation, à la conquête de territoires et à l'affirmation des empires européens.

Peut-on encore visiter la route des épices aujourd’hui ?

La route des épices n'existe plus sous sa forme historique, mais il est encore possible d'en suivre les traces. Vous pouvez commencer en Inde, sur la côte du Kerala, dans les villes de Kochi ou Calicut qui rappellent encore l'importance du commerce maritime dans la région. Le Sri Lanka (anciennement Ceylan) est également une étape emblématique, notamment pour la cannelle. Poursuivez en Indonésie, dans les Moluques, les anciennes îles aux épices. Enfin, des destinations comme Zanzibar, une île au large de la Tanzanie, permet aussi de retrouver l'héritage du commerce des épices.

La route transsaharienne, à travers le désert

La route transsaharienne

Parmi les routes commerciales incontournables, n'oublions pas de mentionner celle qui traversait l'un des environnements les plus hostiles du monde : le Sahara. La route transsaharienne reliait l'Afrique du Nord à l'Afrique subsaharienne.

Deux ressources dominaient ces échanges : l'or et le sel. L'or provenait principalement des régions situées au sud du Sahara, notamment dans l'actuel Mali. Tandis que le sel, indispensable à la conservation des aliments, était extrait dans les zones désertiques du nord du Sahara. Des textiles, des dattes ou d'autres produits artisanaux y transitaient également. L'essor du commerce transsaharien s'accompagne aussi de ce qu'on appellera la traite arabo-musulmane. Les personnes réduites en esclavage sont capturées dans des régions situées au sud du Sahara. Entre le VIIe au XIXe siècle, plusieurs millions d'esclaves ont été vendus et ont été déportés à travers ces réseaux.

Il ne s'agissait pas d'un itinéraire unique, mais d'un ensemble de pistes reliant différentes villes. Au nord, des villes comme Sijilmassa (dans l’actuel Maroc) servaient de points de départ. Les caravanes s’enfonçaient ensuite dans le désert en traversant des étapes clés ponctuées d’oasis. Puis elles rejoignaient des villes majeures d’Afrique de l’Ouest comme Tombouctou, Gao ou Djenné, au Mali. Ces voyages étaient longs, dangereux et exigeants. Les caravanes étaient parfois composées de centaines de chameaux, et mettaient des semaines voire des mois, pour traverser le désert. Les conditions climatiques extrêmes et le manque d'eau rendaient ces expéditions périlleuses.

À partir du XVe siècle et avec le développement des routes maritimes le long des côtes africaines, le commerce à travers la route transsaharienne décline progressivement.

Peut-on encore parcourir la route transsaharienne aujourd’hui ?

On ne parcourt plus la route transsaharienne comme à l'époque. En revanche, certaines portions ont été reprises ou prolongées par des infrastructures modernes. C'est le cas de la route transsaharienne moderne, un grand projet routier reliant d'Afrique du Nord à l'Afrique de l'Ouest. Elle relie la ville d'Alger, en Algérie, à Lagos, au Nigéria. Même si cette route ne suit pas forcément les anciens itinéraires des caravanes, elle rappelle que le Sahara est un espace de circulation et de connexion entre différentes régions du continent.

Pour explorer certaines portions de l'anciennes route transsaharienne, vous pourrez commencer au Maroc. Vous pourrez profiter d'une première expérience dans le Sahara dans les déserts de Merzouga ou de Zagora. Plus au sud, la Mauritanie ou le Mali offrent une immersion plus authentique. Mais la sécurité dans ces régions rendent ces destinations plus difficiles d'accès. D’autres régions du Sahara, comme le Désert Blanc en Égypte, permettent elles aussi de ressentir l’immensité de ces paysages.

Les autres routes qui ont façonné l'histoire

Toutes les grandes routes commerciales ne sont pas aussi connues que l'est encore aujourd'hui la route de la soie ou la route des épices. Mais certaines ont également profondément marqué l'histoire.

La route de l’encens

L'encens était une marchandise très précieuse de l'Antiquité. La route de l'encens est un réseau de pistes et de voies maritimes qui reliaient le sud de la péninsule Arabique (l’actuel Yémen et le sultanat d’Oman) à la Méditerranée. Elle servait à transporter l'encens et la myrrhe, deux résines utilisées dans certains rituels religieux mais aussi en médecine. Aujourd'hui, on peut en retrouver l'héritage en voyageant à Oman, dans le sud notamment dans la région du Dhofar , ou en Jordanie, notamment autour de Pétra.

La route de l’ambre

Moins connue, la route de l'ambre était pourtant l'une des voies de commerce les plus importantes de l'Antiquité. Elle reliait Saint-Pétersbourg, en Russie, à Venise, en Italie, en suivant le cours de la Vistule, de l'Elbe et du Danube. Cette route permettait la circulation de l'ambre, une résine fossile très prisée et utilisée pour fabriquer des bijoux et des objets décoratifs. Aujourd'hui, il est possible d'en suivre la trace en Pologne, dans les Pays Baltes ou dans le nord de l'Italie.

Le commerce triangulaire

Moins sympathique que les routes précédentes, le commerce triangulaire occupe une place importante dans l'histoire des routes commerciales. Développé entre le XVIe et le XIXe siècle, il relie l'Europe, l'Afrique et l'Amérique dans un système maritime fondé sur l'esclavage. Les navires partaient des ports d'Europe chargés d'étoffes, d'armes, d'alcool, et passaient par l'Afrique. Ils échangeaient ces produits contre des captifs, qui étaient ensuite déportés en Amérique où ils étaient réduits en esclavage dans les plantations. Les navires revenaient finalement en Europe avec du sucre, du café, du coton et du tabac. Le commerce triangulaire a profondément enrichi certains ports européens, mais il repose sur une violence extrême et sur l'exploitation de millions de personnes. Il y a aujourd'hui plusieurs lieux historiques à visiter pour en comprendre l'héritage, comme les anciens ports de Nantes ou Bordeaux, certains musées dédiés à l'histoire de l'esclavage, ou encore la Maison des Esclaves sur l'île de Gorée, située dans la baie de Dakar, au Sénégal.

Avant les avions, les autoroutes et les cargos géants, le monde était déjà relié par des réseaux d'échanges. De la route de la soie, entre l'Orient et l'Occident, à la route transsaharienne au coeur du Sahara, ces itinéraires ont permis de faire circuler non seulement des marchandises, mais aussi des idées, des savoirs et des cultures. Ces routes racontent autant l'histoire du commerce que l'histoire des rencontres et des découvertes au sein de notre monde. Et même si les caravanes ont disparu, il est encore possible aujourd'hui de suivre les traces de ces itinéraires, à travers des villes mythiques, des déserts, des ports anciens et des sites archéologiques.

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